Gnomesummer : cinq gnomes, deux oies et pas un seul soldat

10 août 2026 par Horacio Gonzalez

Un village sans guerriers, et ce qu'il a attrapé à la place

La bande Gnomesummer au complet : cinq gnomes et deux oies

En octobre dernier, j'ai rempli ma table de 31 faces vertes hargneuses pour Goblintober. Cet été, j'ai pris la direction opposée : moins de figurines, des visages plus doux, et un projet qui s'est révélé bien plus personnel que prévu.

Gnomesummer est fini. Cinq gnomes et deux oies, créés pour la Paper Miniature Jam 4, et le set complet est maintenant en ligne sur itch.io, gratuit ou à prix libre.

Pas ces gnomes-là

Quand on dit « gnome » autour d'une table de jeu, tout le monde imagine le bricoleur : lunettes de soudeur, clés à molette, cheveux bleus, une machine sur le point d'exploser. Ce n'est pas le gnome de mon enfance.

Les miens, ce sont les gnomes de David le Gnome, ceux des livres et du dessin animé. Bonnet pointu, bottes, petites lunettes rondes. Des habitants de la forêt qui vivent quatre cents ans, remettent en place l'aile de chaque oiseau qu'ils trouvent, et sont pacifistes jusqu'à l'os.

C'est de là que vient tout le projet, en fait. David était médecin. Ce détail m'est resté en tête pendant une quarantaine d'années, et quand je me suis assis pour esquisser une bande, c'est la première chose qui est sortie du crayon.

Je n'ai changé qu'une seule chose, et uniquement parce que les tables de jeu sont impitoyables. Dans les livres, un gnome mesure quinze centimètres, assez petit pour s'abriter sous un champignon. C'est charmant sur la page et catastrophique à côté de vos autres figurines. Les miens font donc à peu près un mètre, bonnet compris : plus petits qu'un gobelin de la tête aux pieds, et plus grands dès qu'on compte le bonnet.

Quand la forêt est découverte

Voici la prémisse autour de laquelle j'ai construit la bande.

Pendant des siècles, la forêt des gnomes n'était tout simplement sur aucune carte. Trop profonde, trop enchevêtrée, trop facile à contourner, et ça convenait très bien aux gnomes. Puis, une saison, ça a cessé d'être vrai. Les orcs sont venus pour le bois. Les gobelins sont venus parce que les gobelins viennent toujours. Les elfes sont arrivés pour « protéger » la forêt, ce qui revenait à décider qui avait le droit d'y vivre. Et les loups, vieux voisins et vieux accords, ont trouvé de nouveaux maîtres qui les nourrissaient mieux que les bois ne l'avaient jamais fait.

Les gnomes n'avaient pas de guerriers. Ils n'avaient même pas de mot pour guerrier. Ce qu'ils avaient, c'était quatre cents ans de patience et ce qu'ils tenaient déjà entre les mains.

D'où la consigne que je me suis donnée pour le dessin : chaque figurine doit avoir l'air de quelqu'un qui préférerait être ailleurs, à faire quelque chose de plus gentil. Des pacifistes à court d'options sont bien plus intéressants à dessiner qu'une énième escouade de soldats professionnels.

La bande

La Garde-Lance

La Garde-Lance

Une lance qui est surtout un bâton de marche. Un bouclier qui était autrefois un plateau de table. Elle tient la ligne, et ça ne l'enchante pas du tout. Les lunettes sont volontaires : ce n'est pas une soldate, c'est la mère de quelqu'un avec un bâton pointu.

Le Guérisseur

Le Guérisseur

Le médecin du village, et la raison d'être de tout ce projet. Quatre cents ans à remettre en place des ailes d'oiseaux et des pattes de blaireaux. C'est le seul de la bande à ne rien porter qui puisse blesser qui que ce soit. Il a réparé un millier d'os brisés, et pas un seul ne l'avait été exprès.

Le Bûcheron

Le Bûcheron

Tous les autres improvisent une arme à partir d'un outil. Son outil, lui, était déjà une arme. Deux cents ans à fendre le chêne, et une hache se moque bien de ce qu'on lui donne à fendre. Il ne voulait pas être doué pour ça, et il l'est. Plus personne au village ne le regarde en face, et il l'a remarqué.

La Fronde à Glands

La Fronde à Glands

Une fronde de berger et une bourse de glands, la même qu'elle utilise depuis quatre-vingts ans pour éloigner les corbeaux des jeunes pousses. Rien là-dedans n'a jamais été une arme. Elle ne rate jamais.

La Gardienne des Oies

La Gardienne des Oies

La matriarche du village, les clés du cellier à la ceinture et quatre cents ans d'autorité derrière elle. Quand les envahisseurs sont arrivés, elle n'est pas allée chercher une arme. Elle avait un rouleau à pâtisserie, et elle avait les oies : territoriales, furieuses, presque aussi grandes qu'elle. Elle les a simplement lâchées vers la lisière.

Si la Garde-Lance est la mère de quelqu'un avec un bâton pointu, elle, c'est la grand-mère de quelqu'un avec un rouleau à pâtisserie et deux oies très en colère. C'est peut-être la plus dangereuse du set.

Pourquoi rien ne s'accorde

Regardez-les tous les cinq ensemble : les couleurs jurent. C'est voulu, et c'est la décision de design dont je suis le plus content.

Une bande en uniforme suppose un intendant qui distribue l'équipement. Ces gnomes ont attrapé ce qu'ils possédaient déjà et ont franchi la porte. Ce sont des civils, pas une troupe, et je voulais que ça se voie jusque dans leurs vêtements. Le seul fil que j'ai gardé constant, c'est la silhouette, bonnet pointu et carrure ronde, pour qu'ils se lisent comme une même bande quel que soit l'écart des palettes.

Les oies ont leur propre socle sur la planche d'impression, vous pouvez donc les réutiliser librement : alignez toute une volée, ou glissez-les dans n'importe quelle partie comme des animaux de ferme d'humeur exécrable.

À imprimer et à jouer

Le set complet est en ligne, gratuit ou à prix libre :

Gnomesummer – La bande de gnomes au complet sur itch.io

Chaque figurine s'imprime recto verso sur une bande de 55 mm, environ 30 mm jusqu'à la pointe du bonnet, de quoi tenir debout à côté de figurines au 28 mm. Imprimez autant d'exemplaires de chacune que votre table le demande, découpez, pliez, soclez, jouez. Et comme une certaine bande verte est passée par ici l'automne dernier, elles s'opposent directement aux gobelins de Goblintober, une bataille désormais canonique chez moi.

Cinq figurines, c'est un rythme très différent de 31. Goblintober était un sprint quotidien où la contrainte réfléchissait à ma place ; Gnomesummer m'a laissé rester des jours avec chaque personnage et lui donner une vraie vie intérieure. Je ne sais pas lequel des deux j'ai préféré, mais je sais lequel m'a fait repenser le plus souvent aux livres de mon enfance.

Merci à toutes celles et ceux qui ont suivi l'aventure tout l'été, sur le blog, sur Instagram et sur les forums, et qui ont donné leur avis en chemin. Un village qui n'avait pas de soldats, pas de guerriers, pas même un mot pour ça, a défendu ses bois avec des bâtons de marche, des ustensiles de cuisine et des volailles, et le voilà maintenant sur votre table à vous aussi.

Attention aux champignons.

À bientôt,

Horacio Gonzalez - LostInBrittany


Gnomesummer est publié par Korrigan Press. Le making-of complet se trouve dans le billet d'introduction et le billet de sortie. Les avancées au jour le jour sont sur Instagram @lostinbrittany.